Rencontre avec Damien Saraceni co-delégué général de l'Association Francis Hallé pour la forêt primaire

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Nous sommes profondément convaincus chez aKagreen que chaque action, aussi petite soit-elle, peut devenir un levier de transformation vers un avenir plus vert, plus juste et plus durable. C’est la force du collectif qui permet de changer d’échelle, d’accélérer les transitions et d’ouvrir la voie à des futurs désirables. Collaborer, coopérer, relier les énergies : voilà ce qui nous anime au quotidien ! Parce que les défis écologiques sont systémiques, les réponses doivent l’être aussi, elles naissent de l’intelligence collective, de l’engagement partagé et de la capacité à faire ensemble. C’est dans cet esprit que nous avons rejoint le collectif 1% for the Planet. Une évidence pour nous : consacrer une partie de notre chiffre d’affaires à soutenir des initiatives complémentaires et à fort impact écologique.

Faire renaître une forêt primaire en Europe de l'Ouest

" En 2022 aKagreen a rejoint le collectif 1% for the Planet afin de soutenir des initiatives engagées qui projettent un futur possible et désirable. Parmi elles, notre rencontre avec l'association Francis Hallé pour la forêt primaire a été une évidence. Un projet transgénérationnel presque hors du temps, qui nous invite à ralentir, à changer d’échelle et à penser la préservation du vivant sur plusieurs siècles.

Dans cet article qui me tient particulièrement à coeur, Damien Saraceni, co-délégué général de l’association nous raconte avec passion ce projet de très grande ampleur, qui touche directement chacune et chacun d'entre nous par son caractère universel, quel que soit notre rapport au monde végétal et aux arbres. L'occasion de plonger au cœur d'une vision aussi ambitieuse que nécessaire : faire renaître une forêt primaire en Europe de l'Ouest. "

Sabrina Ananna, co-fondatrice | aKagreen

Comment présenteriez-vous l’Association Francis Hallé à quelqu’un qui la découvre pour la première fois ?


À l’initiative du botaniste Francis Hallé, reconnu mondialement pour ses travaux sur les forêts primaires, l’association Francis Hallé pour la forêt primaire agit pour permettre la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Concrètement, il s’agit de permettre la protection d’un vaste espace de dimension européenne et de grande superficie - environ 70 000 hectares- dans lequel une forêt existante évoluera de façon autonome, renouvelant et développant sa faune et sa flore sans perturbation humaine, et cela sur une période de plusieurs siècles. Plusieurs zones sont actuellement à l’étude pour permettre au projet de voir le jour sur un espace européen, à la frontière entre la France et un autre pays, comme sur la frontière franco-belge et la frontière franco-allemande, où de grandes forêts s’étendent déjà. C’est donc un projet de protection de forêt qui exige de sortir des cadres existants pour voir grand, à la hauteur des enjeux de notre époque : voir grand pour protéger une forêt à l’échelle d’un écosystème biologique, voir grand dans le temps long, 700 ans, une période nécessaire pour que quelques générations d’arbres se remplacent et se succèdent, voir grand dans notre rapport au vivant, puisque le projet propose de réinventer notre relation au territoire et à tous ses habitants, humains comme non-humains.

Pourquoi est-il aujourd’hui crucial de protéger les forêts primaires en Europe ?

Pour les protéger, encore faudrait-il encore qu’il en reste !

C’est tout l’enjeu du projet : tous les continents sont parvenus à préserver des forêts primaires, joyaux de biodiversité, à l’exception de l’Europe, qui les a progressivement remplacées par des forêts commerciales, exploitées. À vrai dire, il nous reste encore une forêt magnifique et pleinement fonctionnelle en Europe de l’Est, aux confins de la Pologne et de la Biélorussie, la forêt de Białowieża : loups, bisons et élans vivent encore dans cette forêt ancienne et magnifique qu’on peut qualifier de primaire où les arbres énormes, aussi bien vivants que morts et tombés au sol, forment un tissu complexe, ancestral, très émouvant pour toutes celles et ceux qui ont la chance de s’y promener. Mais cette forêt est la dernière sur notre continent et elle est soumise à de graves menaces : un mur barbelé anti-migrants la traverse de part en part de la frontière, rappelant combien les tensions géopolitiques peuvent mettre en péril même un écosystème aussi puissant et immense que cette forêt. Il est donc absolument essentiel que nous retrouvions un point de repère, une représentation de la beauté d’une forêt au sens plein du terme, une forêt qui est à son maximum sur tous les plans. C’est radicalement différent d’une forêt gérée, commerciale : c’est un écosystème qui nous fait physiquement vivre les interrelations entre le monde animal, végétal, fongique, qui nous rappelle  combien la vie et la mort sont liées dans une trame continue, où le temps des êtres humains est mis en perspective par le rythme de toute une biodiversité séculaire. C’est l’expérience de l’altérité, et en même temps, d’une profonde proximité avec quelque chose d’essentiel que nous avons toutes et tous en nous.

Protéger une forêt ancienne pour lui permettre de retrouver sa pleine expression, avec toute sa flore et toute sa faune, c’est lutter contre l’amnésie écologique, qui nous fait prendre pour point de repères des écosystèmes de plus en plus dégradés, c’est poser une perspective positive, accessible, pour les générations qui nous suivent et qui en profiteront encore plus que nous. C’est une affaire de patrimoine à léguer à celles et ceux qui nous suivent.

Damien Saraceni photo © Matthieu GERMAIN

Où en est aujourd’hui ce projet ? Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ?


Après une première phase passée à identifier les contours du projet, une surface cohérente sur le plan écologique, une échelle temporelle qui tienne compte des cycles des arbres, et les localisations les plus pertinentes en fonction de plusieurs critères, l’association travaille actuellement à créer les conditions de cette renaissance de forêt sur des territoires donnés. Quelles implications l’absence d’exploitation d’un petit carré de 26km de côté peut avoir sur le
territoire qui l’entoure ? Quels leviers économiques peut-on imaginer pour compenser la perte liée à l’exploitation de la forêt ? Quelles perspectives touristiques pourraient voir le jour sur un territoire où une forêt évoluerait sans entraves ? Quels moyens juridiques peut-on mobiliser et quels nouveaux cadres restent à imaginer pour assurer la protection d’une forêt à l’échelle internationale et sur 7 siècles ? Comment assurer une continuité entre un lieu préservé et un territoire forestier qui l’entoure, au niveau des pratiques agricoles, des activités économiques, et de l’identité culturelle qui s’en trouverait forcément nourrie ? Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres, que le projet pose, en sachant pertinemment que les réponses n’existent pas encore aujourd’hui. Nos défis consistent donc à réunir les acteurs concernés, les experts et les usagers, pour se poser cette question : « et si nous prenions le chemin de cette renaissance de forêt primaire... ? » . C’est un gros travail de sensibilisation et de concertations, à la fois dans les réseaux qui œuvrent à promouvoir la libre évolution, sur le terrain, et avec les différents échelons institutionnels qui pourraient être impliqués : du très local à l’européen, en passant par le régional et le national. Le projet est profondément ancré dans les questionnements de notre époque et apporte une proposition concrète de réponse. C’est passionnant.

Forêt primaire de Białowieża © Jessica Buczek
Si la forêt était un mot, lequel serait-ce pour vous et pourquoi ?


Résumer la forêt à un mot, c’est vraiment une gageure, tant elle est diverse et foisonnante ! Mais si je ne devais retenir qu’un mot, je crois que ce serait « relations ». Les relations, c’est ce qui définit un milieu aussi riche et varié que la forêt : relations entre les plantes, les arbres, les champignons, mais aussi avec les animaux, pour son dynamisme et son évolution. Relations avec nous-mêmes, parce que c’est ce qu’on recherche quand on part en forêt : une forme de relations avec le mystère du vivant, ce cycle perpétuel qui s’esquisse quand on a la chance de voir un peu de bois « mort » sur lequel la vie foisonne à nouveau. Tout en forêt est relations, et notre relation à la forêt est primordiale, elle nous ressource et nous ramène à l’essentiel.

Comment les entreprises peuvent-elles concrètement soutenir votre action ?

Les entreprises peuvent avoir un rôle énorme dans un projet comme le nôtre. En premier lieu, parce qu’elles sont un rouage essentiel de la société, et que le projet de renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest est un projet de société : il a pour objectif d’en fédérer tous les acteurs. Avoir des entreprises à nos côtés, c’est donc très important pour nous, car cela souligne le mouvement de fond qui anime notre société actuelle vers la volonté de faire plus de place au vivant dans nos vies, et plus de place en particulier à des forêts belles, libres et sauvages.
Ensuite, les entreprises ont aussi un pouvoir matériel et financier conséquent : grâce à l’incitation fiscale qui existe en France (60 % du montant du don est défiscalisable), les entreprises ont le pouvoir de « flécher » les impôts qu’elles paient directement vers des causes qui leur tiennent à cœur, avec un impact moindre sur leurs profits immédiats. Ce genre de financements est essentiel pour un projet comme le nôtre, qui se situe dans le temps long, qui travaille sur des sujets de fond et qui a donc besoin de soutiens pérennes et nombreux pour bâtir une structure stable et à la hauteur du défi qu’elle relève. Notre association repose entièrement sur la générosité de ses soutiens particuliers, entreprises et fondations partenaires. Le soutien des entreprises est donc primordial, puisqu’il nous permet de lancer de nouveaux projets et finance le travail d’une équipe passionnée, créative et investie à 100 % dans sa mission.
Enfin, les entreprises peuvent également contribuer à relayer le message de l’association, à organiser des événements de rencontres, de sensibilisation, ou mettre en action leur réseau pour soutenir le projet. Elles peuvent aussi proposer à des collaborateurs particulièrement sensibles de nous rejoindre dans le cadre d’un mécénat de compétences, toujours bienvenu dans une structure qui a besoin de multiples compétences pour grandir et se déployer.

Forêt primaire de Bialowieza © Jessica Buczek
Comment les citoyens peuvent-ils contribuer concrètement à votre projet au-delà du soutien financier (dons) ou de l’adhésion ?


Je me permettrais ici de paraphraser Francis Hallé, dans une conférence TedX qu’il avait donnée en 2022 : « Si vous voulez nous aider, la chose à faire, c'est de vous intéresser aux forêts. Même une petite forêt secondaire, ça mérite vraiment qu'on s'y intéresse, qu'on se plonge dedans, qu'on essaie de comprendre ce réseau énorme d'interactions entre les êtres vivants. » S’intéresser aux forêts, notamment grâce aux nombreux articles que nous publions sur le site internet de l’association, et parler du projet de renaissance de forêt primaire, faire connaître le sujet, ses problématiques, c’est essentiel. La page « Parler du projet » de notre site internet a justement pour but d’équiper les adhérentes et adhérents en éléments de langage et références à donner. Nous organisons également tous les mois des visios de formation gratuite au « kit pédagogique forêts naturelles » qui permet d’assurer des animations autour de la libre évolution, grâce à un kit clefs en mains, qui repose sur le beau et l’émerveillement. C’est accessible à toutes et tous, peut être présenté à des publics jeunes ou moins jeunes, et donne des clés de compréhension importantes pour devenir ambassadeur ou ambassadrice du projet.
Enfin, si certaines personnes ont du temps ou des compétences particulières qu’elles souhaitent mettre au service de notre projet, le bénévolat est toujours le bienvenu, et selon les besoins de l’association, on peut toujours accueillir de nouvelles énergies dans l’équipe, qui réunit aussi bien salarié⋅es que bénévoles.

À titre personnel, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans cette aventure ?


Une affinité profonde, inexplicable, avec ces mondes mystérieux et uniques que sont les forêts. Des rencontres, aussi, en tout premier lieu celle de Francis Hallé, un scientifique exceptionnel et un être humain non moins remarquable. C’était quelqu’un de très chaleureux, très accessible, qui était très attentif à son monde et à tout ce qui entrait dans son champ de vision. Je me souviens de ma première rencontre avec lui : je n’étais pas biologiste, pas expert en quoi que
ce soit de scientifique, mais il m’a écouté partager mon humble enthousiasme avec une attention très marquée, de son regard bleu et perçant de scientifique attentif. C’était très intimidant, j’en sentais la puissance critique. J’ai appris à reconnaître ensuite la forme de respect énorme que cela représentait : que vous soyez docteur ou simple écolier de 5 ans, Francis Hallé vous écoutait avec la même attention, il analysait ce que vous disiez avec le même sérieux, et pesait ce que vous disiez avec une attitude rigoureuse, ouverte et objective. Ça ne l’empêchait pas d’avoir un sens de l’humour percutant !
Au-delà de Francis Hallé, les rencontres que j’ai pu faire en m’aventurant dans les sentiers forestiers ont été multiples et très riches : j’apprends à chaque nouvel interlocuteur rencontré, des scientifiques, des expert⋅es de terrain, des artistes, des vidéastes, et j’ai la chance de faire partie d’une équipe extraordinaire, souple, ouverte, diversifiée, aussi bien du côté de l’équipe salariée que de celui des bénévoles qui consacrent une énergie tout bonnement
impressionnante pour le projet. Le monde associatif est un trésor d’humanité. Notre projet relie ce trésor à celui que nous souhaitons laisser demain, enrichi de tous les vivants, et de la plus belle forêt d’Europe de l’Ouest qu’on puisse imaginer.

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L'accès le plus direct à l'univers,

c'est une forêt sauvage — Richard Powers

L'Arbre Monde

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Que diriez-vous à une entreprise ou un citoyen qui hésite encore à s’engager pour le vivant ?


Cherchez au fond de vous.

L’amour pour le vivant, la sensibilité aux arbres, aux forêts, nous l’avons toutes et tous. Il n’y a pas besoin de convaincre. Juste de le garder bien vivant, et de prendre conscience de la gravité des menaces qui pèsent aujourd’hui sur ce qui nous est le plus cher, le plus essentiels, en tant que personnes et en tant qu’espèce.

Le vivant, c’est de nous dont il s’agit. Nous en sommes.

Il n’y a pas d’hésitation quand on prend vraiment conscience de ça.

terrasse
Parlons de votre projet

Pour en savoir plus :

Vidéo Into the Rewild, une forêt primaire en Europe de l'Ouest

Pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest - Manifeste de Francis Hallé

Faire renaître une forêt primaire en Europe de l'Ouest

Qu'est-ce qu'une forêt primaire ?

Pourquoi et comment aKagreen s'engage avec 1% for the Planet

https://www.onepercentfortheplanet.fr/